Introduction
Dans le cadre d’une conférence-atelier organisée par le projet P8, collaboration entre l’UNIL et UNIDISTANCE, le professeur Claude Savard de l’Université Laval à Québec a présenté une réflexion approfondie sur l’apprentissage expérientiel et ses applications dans le contexte numérique. Cet échange met en lumière les fondements théoriques du cycle de Kolb et leurs implications concrètes pour la pratique enseignante universitaire.
Le cycle de Kolb : un modèle théorique structurant
Le cycle d’apprentissage expérientiel, développé par le chercheur David Kolb en 1984, constitue un cadre conceptuel particulièrement pertinent pour les enseignant·e·s. Ce modèle se distingue par sa capacité à articuler théorie et pratique à travers quatre étapes distinctes et itératives.
La première étape consiste en l’engagement dans une expérience concrète. L’apprenant·e s’implique activement dans une situation d’apprentissage spécifique. La deuxième phase requiert une observation réfléchie : l’étudiant·e analyse l’expérience vécue, examine ses différentes dimensions et interroge sa compréhension. Cette observation débouche naturellement sur la troisième étape, celle de l’abstraction et conceptualisation. Durant cette phase cruciale, les concepts majeurs émergent de l’expérience et de son analyse. Finalement, l’expérimentation active permet de vérifier la validité et la généralisabilité des concepts abstraits nouvellement acquis, en les appliquant à de nouvelles situations.
L’aspect cyclique de ce processus revêt une importance capitale. Chaque itération permet d’approfondir la compréhension de l’objet d’apprentissage. Lorsqu’un·e étudiant·e parcourt le cycle une, deux, voire trois fois autour du même contenu, il·elle développe progressivement une maîtrise en profondeur de la matière.
Applications concrètes dans l’enseignement universitaire
L’exposé magistral, pratique pédagogique fréquente dans le contexte universitaire, illustre parfaitement l’application du cycle de Kolb. Contrairement à une réception passive de l’information, l’approche expérientielle transforme cette activité en un processus actif et structuré.
Lors de la première étape, l’étudiant·e se prépare à saisir l’expérience : attention soutenue, matériel de prise de notes préparé, disposition à l’écoute active. Pendant l’exposé, il·elle adopte une posture d’observateur·trice analytique, guidé·e par des questions préalablement formulées. Cette observation réfléchie s’appuie idéalement sur une grille d’analyse fournie par l’enseignant·e, qui oriente l’attention vers les éléments essentiels du contenu présenté.
Le rôle de l’enseignant·e dans cette démarche est fondamental. En limitant la durée de l’exposé (vingt minutes plutôt qu’une heure et demie) et en proposant un questionnement structurant dès le départ, il·elle facilite l’observation réfléchie et prépare l’émergence conceptuelle. Cette approche explicite de la méthode pédagogique contraste avec une pratique trop courante : garder les attentes implicites pour ne les révéler qu’au moment de l’évaluation.
Métacognition et apprentissage profond
Le cycle de Kolb intègre naturellement les processus métacognitifs, bien que Kolb n’ait pas utilisé cette terminologie spécifique. La métacognition, comprise comme la capacité à prendre distance par rapport à une expérience pour y réfléchir, correspond particulièrement aux étapes d’observation réfléchie et de conceptualisation. Cette dimension métacognitive, bien que centrale pour l’apprentissage, demeure difficile à implémenter concrètement dans l’enseignement.
L’approche expérientielle favorise un apprentissage véritablement actif. L’étudiant·e ne reçoit pas passivement un exposé ; il·elle intervient cognitivement en se questionnant, en faisant émerger des concepts, et en réfléchissant aux applications futures de ces connaissances nouvelles. Cette posture active constitue un prérequis essentiel pour atteindre l’apprentissage en profondeur.
Connexions avec les principes du multimédia et la pratique réflexive
Les principes de Mayer concernant l’apprentissage multimédia, notamment le principe d’entraînement, résonnent avec l’approche expérientielle. En informant explicitement les apprenant·e·s des objectifs et des modalités d’engagement attendues, l’enseignant·e prépare leur activité cognitive et optimise leur disposition à l’apprentissage.
Par ailleurs, le cycle de Kolb trouve une application pertinente dans le développement professionnel des enseignant·e·s eux·elles-mêmes. Le concept de praticien·ne réflexif·ve, développé par Donald Schön au début des années 1980, invite les enseignant·e·s à adopter une posture réflexive continue sur leurs pratiques pédagogiques. Qu’il s’agisse d’exposés oraux, de podcasts déposés sur Moodle ou d’autres modalités d’enseignement, l’enseignant·e universitaire réflexif·ve questionne systématiquement l’efficacité de ses approches pédagogiques actives.
Conclusion
L’apprentissage expérientiel, structuré par le cycle de Kolb, offre un cadre théorique robuste et applicable pour transformer les pratiques pédagogiques universitaires. En rendant explicites les méthodes pédagogiques, en guidant l’observation réfléchie et en favorisant l’émergence conceptuelle, les enseignant·e·s peuvent faciliter un apprentissage véritablement profond. Cette approche requiert toutefois une posture réflexive continue de la part des pédagogues, garantissant ainsi une amélioration systématique et durable des pratiques d’enseignement.
Cet article est co-rédigé avec Claude Ai sur base de la retranscription de la vidéo

