Ce que les étudiant·e·s attendent vraiment de leurs enseignant·e·s en 2025

Le rapport annuel d’EDUCAUSE sur les étudiant·e·s et la technologie vient de paraître. Ses conclusions bousculent plusieurs idées reçues sur l’enseignement supérieur à l’ère numérique.

Chaque année, l’organisation américaine EDUCAUSE interroge des milliers d’étudiant·e·s sur leur rapport à la technologie, à l’apprentissage et à leur institution. L’édition 2025, qui s’appuie sur plus de 6 400 réponses collectées dans 37 établissements, dresse un portrait nuancé — parfois surprenant — de ce que vivent celles et ceux qui peuplent aujourd’hui les amphithéâtres et les plateformes en ligne. Pour les enseignant·e·s de l’enseignement supérieur, certaines conclusions méritent une attention particulière.


Le retour du présentiel : une tendance de fond, pas un effet de mode

Après des dernières années chahutée par une crise sanitaire aux conséquences très importantes, il est important de souligner que les étudiant·e·s veulent revenir en classe. Selon le rapport, 53 % d’entre elles et eux déclarent préférer les cours en présentiel, contre 26 % qui optent pour le distanciel. Par rapport à l’édition 2023, la préférence pour les activités en salle a progressé sur pratiquement tous les types d’exercices : les travaux en laboratoire (+9 points), les cours magistraux (+8 points), les exposés oraux (+12 points) ou encore les examens (+6 points).

Ce mouvement ne signifie pas que l’enseignement à distance est condamné — les étudiant·e·s plus âgé·e·s, souvent salarié·e·s ou parent·e·s, continuent d’en avoir besoin. Mais pour la majorité des 18-24 ans, le campus reste un espace de socialisation et d’apprentissage irremplaçable. La leçon pour les enseignant·e·s ? Ne pas considérer le cours hybride ou en ligne comme une solution universellement désirée, mais bien adapter le format aux profils réels de leurs étudiant·e·s.

L’enseignant·e comme facteur clé de satisfaction technologique

Le rapport établit un lien clair entre la manière dont les enseignant·e·s utilisent la technologie et le niveau de satisfaction des étudiant·e·s vis-à-vis de leur institution. Ce n’est pas tant la sophistication des outils qui compte, mais la façon dont ils sont mobilisés en classe.

Les étudiant·e·s identifient plusieurs pratiques efficaces : l’utilisation fluide des Learning Management Systems (LMS), l’envoi rapide de communications, les vidéos pédagogiques permettant de revoir un concept difficile à son propre rythme, et l’intégration d’outils interactifs ou de simulation qui donnent vie aux contenus abstraits.
À l’inverse, les comportements contre-productifs sont bien identifiés : les enseignant·e·s qui maîtrisent mal les outils et font perdre du temps en cours, ceux et celles qui surchargent les étudiant·e·s d’applications sans lien pédagogique clair, ou encore celles et ceux qui délèguent leur enseignement à une IA sans accompagnement.
Un·e étudiant·e témoigne ainsi que dans son cours de statistiques, l’assistant virtuel était bien plus pédagogue que le ou la professeur·e, qui renvoyait systématiquement à l’IA pour clarifier les concepts — rendant la présence en cours quasiment inutile.

Le message est sans équivoque : maîtriser ses outils et les utiliser avec intention est aujourd’hui une compétence pédagogique à part entière.

L’IA générative : entre frilosité institutionnelle et attentes professionnelles

C’est sans doute le sujet qui cristallise le plus de tensions. Selon le rapport, 43 % des étudiant·e·s affirment ne pas utiliser d’IA générative dans leurs cours. Un chiffre qui étonne — et que les auteur·e·s de l’étude expliquent en partie par la peur des sanctions. En effet, 52 % des répondant·e·s indiquent que la majorité de leurs enseignant·e·s interdisent l’utilisation de ces outils.

Le résultat est prévisible : les étudiant·e·s dont les enseignant·e·s prohibent l’IA sont bien moins susceptibles d’en faire usage (72 % déclarent ne pas l’utiliser), contre seulement 6 % dans les cours où son usage est encouragé. Autrement dit, l’environnement pédagogique conditionne massivement le comportement des étudiant·e·s face à l’IA.

Ce qui rend cette situation particulièrement problématique, c’est que 55 % des étudiant·e·s anticipent d’utiliser l’IA dans leur future carrière. Pourtant, seulement 20 % déclarent recevoir une formation pertinente de leur établissement. Il y a là un décalage préoccupant entre la réalité du marché du travail et ce que les institutions proposent.

Les enseignant·e·s ont un rôle central à jouer dans ce rééquilibrage. Le rapport recommande d’adopter une posture nuancée : ni la prohibition systématique, qui pousse les étudiant·e·s à sous-déclarer leurs pratiques, ni le laisser-faire sans cadre. Ce qui fonctionne, c’est d’intégrer l’IA comme un objet pédagogique — en discutant explicitement de ses usages, de ses limites et de ses enjeux éthiques avec les étudiant·e·s.

Des étudiant·e·s bien préparé·e·s… sauf sur le numérique

En matière de compétences professionnelles, les étudiant·e·s se sentent globalement bien accompagné·e·s par leur formation : plus de 71 % estiment être préparé·e·s dans des domaines comme la communication, l’analyse ou l’éthique. L’exception notable concerne les technologies — qu’elles soient liées à l’IA ou non. Moins de 35 % se sentent suffisamment préparé·e·s dans ces domaines.

Paradoxalement, les compétences technologiques arrivent en dernière position des priorités déclarées par les étudiant·e·s (3 % pour l’IA, 1 % pour les technologies non-IA), derrière les compétences relationnelles, analytiques ou de leadership. Mais cette hiérarchie reflète peut-être davantage un manque de conscience des enjeux qu’un vrai choix délibéré. Car celles et ceux dont l’institution fournit une formation à l’IA se sentent mieux préparé·e·s dans l’ensemble des compétences — comme si l’exposition aux technologies numériques agissait comme un révélateur de capacités plus larges.

Pour les enseignant·e·s, cela plaide pour une intégration progressive des outils numériques dans les disciplines, même celles qui ne sont pas directement liées à la technologie. Contextualiser l’usage de l’IA dans un cours de droit, de lettres ou de biologie n’est pas un gadget pédagogique : c’est préparer les étudiant·e·s à une réalité professionnelle concrète.

Santé mentale : un sujet qui déborde du cadre institutionnel

Le rapport dresse un constat alarmant : la proportion d’étudiant·e·s déclarant un trouble de santé mentale a augmenté de 14 points depuis 2023, atteignant 62 % parmi celles et ceux qui signalent un handicap ou une difficulté. Les 18-34 ans sont les plus touché·e·s.

Or, dans le même temps, la satisfaction vis-à-vis du soutien institutionnel en matière de santé mentale a chuté de 13 points. Seulement 55 % des étudiant·e·s se déclarent satisfait·e·s des efforts de leur établissement. Et 39 % seulement estiment que leur institution travaille activement à répondre à leurs besoins en bien-être.

Pour les enseignant·e·s, ce constat rappelle que le rôle ne s’arrête pas aux portes de la discipline enseignée. Les enseignant·e·s sont souvent le premier point de contact pour les étudiant·e·s en difficulté. Savoir reconnaître les signaux de détresse, orienter vers les ressources disponibles, et créer un environnement de cours où les étudiant·e·s se sentent en sécurité pour parler de leurs besoins (y compris les aménagements liés au handicap) est devenu une dimension incontournable de la professionnalité enseignante.

En guise de conclusion : l’enseignant·e comme pivot

Ce que ce rapport dit, au fond, c’est que les étudiant·e·s ne demandent pas une technologie toujours plus sophistiquée. Elles et ils demandent de la cohérence, de la clarté et de la présence.
Elles et ils veulent des enseignant·e·s qui maîtrisent leurs outils, qui accompagnent leur rapport à l’IA avec discernement, qui prennent en compte leur santé et leurs contraintes de vie, et qui croient encore que l’espace de la classe — physique ou virtuel — est un lieu où quelque chose d’essentiel se joue.

Les données sont là. Ce qu’on en fait reste, comme toujours, une question de choix pédagogique.

Source : Nicole Muscanell et Kristen Gay, « 2025 Students and Technology Report: Shaping the Future of Higher Education Through Technology, Flexibility, and Well-Being », EDUCAUSE, avril 2025. Disponible sur educause.edu.


Cet article a été co-écrit avec Claude IA dans le processus suivant : Lecture du rapport et identification des axes de réflexion. Version 1 du résumé sur les axes choisis par Claude IA. Modification du texte par l’auteur.